Consolidation accélérée : ou la trajectoire récurrente des industries émergentes

Ce post est l’occasion de reprendre un billet passionnant de Megan Jones, Directeur chez Hadley Partners (banque d’investissement U.S.). Le sujet me semble d’intérêt pour toute start-up en croissance (molle ou dynamique) dans la mesure où le destin d’un certain nombre d’entre elles est de finir absorbées par des ‘industriels’ (par opposition à des investisseurs financiers). Des acquisitions / absorptions qui participent à un mouvement de fonds intrinsèque, selon l’auteur, à l’évolution de nombreux secteurs émergents : son inéluctable et rapide consolidation.

Voici en préambule les 4 leçons de l’histoire qui suit : i) Avant de jeter leur dévolu sur leurs proies, les Dieux les enivrent de pouvoir, ii) Les moulins de Dieu pressent le grain doucement, mais ils le pressent à l’excès, iii) L’abeille fertilise la fleur qu’elle vole, iv) C’est dans la noirceur de la nuit que l’on découvre les étoiles. (Charles A. Beard).

Pour introduire sa réflexion, Megan Jones précise avoir rencontré nombre d’entreprises qui assurent faire l’objet de convoitises de la part d’investisseurs en tous genres. Qu’elles soient, ou non, en vente…

Pourquoi alors certains secteurs émergents évoluent parfois rapidement vers des industries consolidées ? M.J. envisage les raisons suivantes :

1. En règle générale, les industries émergentes soumises aux feux des médias ont tendance à grandir rapidement, s’adressent à de vastes marchés, attirent les talents, connaissent de multiples et itératives étapes d’évolution et tailles. Tous ces facteurs facilitent par ailleurs la mobilisation de capitaux, qu’ils aient pour origine des partenaires industriels ou des fonds d’investissement.

2. Parfois, conséquence de tout cela, les entreprises ‘émergentes’ finissent ‘surcapitalisées’ en s’adossant à de multiples fonds de capital-risque, lesquels détiennent souvent eux-mêmes une société jumelle dans leur portefeuille (il faut imaginer que toutes ces start-up ou PME doivent i) se frayer un chemin dans un secteur hyper dynamique et mouvant, ii) gagner des parts de marché).

3. Les nouvelles industries ou segments d’activités sont durs à construire. Les modèles économiques sont fréquemment basés sur des modèles plus anciens : les start-up cherchent par exemple à reproduire le modèle économique initial d’entreprises aujourd’hui rodées qui se sont adressées au même type de clients que celui visé (même si l’offre est totalement distincte), monétisant même parfois leur offre de façon identique.

En d’autres termes, comme vous l’imaginez, de nombreuses erreurs sont produites (et conduisent pléthore de boutiques à exploser en vol). Rien de plus normal pour M. J. puisque la mise au point d’un modèle économique efficace nécessite inéluctablement de nombreux essais et erreurs. L’incarnation de cette ‘théorie’ est le géant Google : bien d’autres moteurs de recherche furent lancés avant son avènement…

4. Afin de capter des parts de marché rapidement, quelques entreprises décident avec sagesse de se rapprocher, de fusionner.
Cette décision peut favoriser les économies d’échelle, une meilleure relation clients (une offre étendue, une meilleure présence commerciale, une équipe renforcée) et bien sûr l’élargissement de la clientèle cible.

Si les marchés financiers étaient plus ouverts, de telles fusions pourraient aisément conférer une taille suffisante à la ‘nouvelle-née’ pour envisager une introduction en bourse, accéder à de nouvelles ressources financières et ainsi renforcer sa compétitivité…

5. Le marché ne peut nourrir qu’un nombre restreint d’entreprises comparables (les fameuses “me too companies”). Par ailleurs, il s’avère généralement plus intéressant de vendre les actifs d’une start-up déchue (et déçue) en récupérant la (menue) monnaie dégagée par les efforts passés plutôt que de tout abandonner.

6. Acheter des actifs (équipements, produits, clients, réseau commercial) requiert nettement moins de temps et d’argent que de les développer. Ce facteur peut même conduire des entreprises cotées à investir dans des secteurs émergents voire balbutiants.

7. Vendre tard durant le mouvement de consolidation s’avère souvent moins lucratif qu’une vente durant une phase amont de ce phénomène.
Les premières entreprises qui saisissent cette opportunité mobilisent généralement plus de ressources que leurs concurrentes et acquièrent ainsi une influence significative sur le secteur.

8. Les capitaux-risqueurs peuvent inciter les ventes d’entreprises, même si elles semblent prématurées, afin de s’assurer que leur participation va signer les partenariats adéquats (avec d’autres acteurs influents du secteur) et à même de générer le meilleur retour sur investissement.

D’autres raisons existent, dont certaines sont propres à chaque secteur ou entreprise. Mais en règle générale, toute industrie pour laquelle la notion de taille critique, si possible atteinte rapidement, constitue un enjeu clef (c’est le cas des media ou des technologies grand public) prendra en compte la dynamique de consolidation. Que feriez-vous si votre principal concurrent était acheté par une entreprise du CAC 40 ?

Tenter de capter la clientèle d’un marché dominé par un concurrent mieux financé et structuré est une ambition susceptible de se révéler dangereuse. Mieux vaut essayer de saisir une opportunité tôt dans la phase d’émergence d’un secteur qu’au moment où le processus de consolidation se met en branle.

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Origine et formatage : fonds de capital-risque... Mais qui sait peut-être passerai-je un jour du "bon" côté de la barrière ?!

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